Jean Depara – Photo

© photo Jean Depara, 'Jeune femme devant l'Afro Negro Club', Kinshasa, R.D.Congo vers 1955-1965
© photo Jean Depara, 'Jeune femme devant l'Afro Negro Club', Kinshasa, R.D.Congo vers 1955-1965

Photographe

1928 (Angola) — 1997 (Kinshasa, R.D.Congo)

 

Photographe à Léopoldville / Kinshasa de 1951 à 1975

 

 

Exceptionnel photographe des extérieurs-nuits et autres lieux à la mode de Léopoldville entre 1955 - 1965, dans les années d'indépendance de l'ancien Congo-Belge.

 

Jean Depara, photographe à Léopoldville (Congo-Belge - Zaïre) entre 1951-1975, nous fait partager sa vie de nuit dans les rues et les bars-dancings, et de jour dans les clubs d'athlétisme et à la piscine du Complexe sportif de 'La Funa' de la capitale.

 

Jean Loup Pivin rencontra Jean Depara fin 1995 lors de la préparation du magazine RN 21 sur Kinshasa, origine de premières publications de ses photographies, avant d'autres livres dont sa monographie 'Depara, Night & Day in Kinshasa' de 2010. Alors âgé de 67 ans, Depara ne photographie plus depuis 1989 mais reste cet homme vif et hors norme qu'il fût pendant sa jeunesse. Depara ne cache pas qu'il a été lui-même l'un de ces jeunes turbulents, à la limite mauvais garçon, fréquentant les bars-dancings, buvant des bières Primus et flirtant avec les filles faciles, s'habillant en Bill comme les cowboys des western américains, pratiquant le culturisme à l'image des péplums, à ce moment exceptionnel des années 1955-1965 où le Congo-Belge va acquérir son indépendance pour devenir le Zaïre et sa capitale Kinshasa. 

 

Depara photographie simplement sa vie. Et aucun autre photographe africain n'est allé aussi loin dans la justesse de la réalité de cet époque.

[déroulez le diaporama ci-dessous]

  • © photo Jean Depara, 'Sur le capot d'une Lincoln Zephir' Léopoldville 1961

 

 

Biographie

 

Depara commence la photographie en 1951, l'année de son mariage à Matadi. Il achète pour l'occasion un petit appareil 6x6 de marque Adox. Installé à Léopoldville (future Kinshasa) en 1951, Depara tente de concilier la photographie et divers autres métiers (réparateur de vélos, d'appareils photo, ferrailleur...) puis monte son studio, le "Jean Whisky Depara" sur Kato n° 54.

 

Grande métropole inter-ethnique depuis les années 1920-30, Léopoldville, tout comme Brazzaville sur l'autre rive, est une capitale animée où l'on entend jour et nuit la Polka, le Maringa, le Tango, et bien sûr la Rumba. La musique réunit toute la population de la ville, ghanéens, sénégalais, congolais, coastmen, africains, européens… La musique est le lien culturel autour de laquelle les diverses populations de la ville se fédèrent, retrouvant à la fois les mélodies et les rythmes ancestraux et ceux modernes créés par leurs idoles ou importés d'Europe et des Amériques.

 

Regroupés en associations, les jeunes Kinois sont organisés en 'sociétés' avec chacune un chef de bande, un style vestimentaire, leurs muses féminines, un lieu où se retrouver (généralement l'un des innombrables bars-dancings, les  Siluvangi, Amouzou, Congo Bar, Air France, Quist, Ok Bar, Chez Macauley…) et un groupe musical (dont les deux plus importants, le "OK Jazz" autour de Franco et le "African Jazz" avec Joseph Kabasele) avec ses chanteurs et musiciens parfaitement formés dans les chorales religieuses.

 

Cet essor de la musique a été amplifié par les nombreuses maisons de disques installées sur place (Olympia créé en 1940, Ngoma en 1947, Loningisa, Opika, Essengo…). Elles ont facilité l'utilisation de nouveaux instruments comme la guitare électrique et le saxo, la diffusion des tubes (avec la radio) sur toute l'Afrique et l'Europe, l'organisation de concerts et la rétribution des auteurs.

 

Depara fait parti de cette jeunesse qui aime s'amuser, danser, flirter. De jour, tout en continuant la photographie de studio jusqu'en 1956, il fréquente dans la cité les Nganda (bars) comme le Kwist, tenu par un Ouest-Africain, le Ok Bar sur Itaga, ou le Sarma Congo. Il aime aussi photographier les culturistes (grands séducteurs déjà très en vogue) qu'il retrouve l'après-midi au complexe sportif de 'La Funa', lieu de divertissements de tous, Blancs et Noirs.

 

De nuit, seul, son flash en bandoulière ('comme un arc', dit-il), il fait la tournée des boîtes de nuit à la mode : l'Afro Mogenbo, le Champs-Elysées, le Djambo-Djambu, le Oui, le Fifi, le Show Boat. En 1955, le Kongo Bar était l'endroit le plus prisé sur Tshoapa après Itaga (aujourd'hui transformé en église) comme le bar Opika (coin Kabambaré-Bokassa) ou le Bingabar sur le lac Moero (zone de Barumbu).

 

Chacun avait son orchestre attitré et ses habitués de garçons et de filles. L'ambiance était folle, propice à toutes les rencontres. Et le commerce de la photographie était aisé pour Depara. Remarqué dès 1954 par Franco, le maestro de la rumba zaïroise, il devient son photographe officiel (Depara n'a que 26 ans) et sera invité à toutes ses soirées musicales (notamment à Mokalia) jusqu'à la mort en 1989 du chanteur. L'atmosphère est folle et le commerce de la photo facile.

 

Continuant de photographier la nuit, il parcourt de jour la capitale, abandonnant son studio. De 1975 à 1989, à la cinquantaine, il est photographe attaché au Parlement.

 

En 1989, il se met à la retraite et se consacre à la pêche et à la fabrication de pirogues. Depara est décédé en 1997 à Kinshasa à l'âge de 69 ans, laissant plus de 5000 clichés d'une époque survoltée et insouciante où Kinshasa était le coeur vibrant et fou de toute l'Afrique. "Kin-la-joie, Kin-la-folie" comme la nomme le romancier Achille Ngoye.

 

La photographie de Depara, toujours d'un cadrage parfait et sachant transcrire la folle ambiance de la jeunesse Kinoise, ne s'embarrasse d'aucun préjugé sur les acteurs de ses nuits, ni d'aucun tabou, surprenant ici des amoureux d'un soir, là une belle au décolleté provocant, ou encore suivant l'équipée d'une bande à la recherche d'une aventure. C'est que Depara est alors non seulement un photographe mais aussi un homme jeune qui vit les moments qu'il photographie et nous les fait vivre. Le grand Depara photographie le grand Kinshasa des années 1950-1975.

 

LIENS

 

L'oeuvre de Jean Depara est représentée par Revue Noire par accord avec l'Estate of Depara.

 

Expositions individuelles 

 

2011-2012 : 'Night & Day in Kinshasa, 1950-1965', Revue Noire Paris et Halle de la Gombé à Kinshasa

2009 : 'Les nuits de Kinshasa, Jean Depara, 1955 à 1975', Rencontres de la Photographie de Bamako, Mali 2009

2004 : 'E la Nave Va, Jours tranquilles à Kinshasa', MAMCO, Genève Suisse

2002 : Centre de la Photographie, Genève Suisse

2001 : Rencontres de la Photographie de Bamako, Mali

 

Expositions collectives 

 

2015 : 'Beauté Congo - 1926-2005 - Congo Kitoko', Fondation Cartier, Paris

2008 : 'Zoom sur la femme congolaise', espace "Art de vivre", Kinshasa

2007 : 'Le rituel de la pose', Musée des Arts derniers, Paris

2006-2007 : '100% Africa', Guggenheim Museum de Bilbao, Espagne

2005 : 'Arts of Africa', Grimaldi Forum, Monaco

2005 : 'African Art Now', Jean Pigozzi Collection, Museum of Fine Art Houston, Usa

2002 : Centre le la photographie Genève, collection Pigozzi

2000 : Noorderlicht 2000 photofestival, Fries Museum Leeuwarden, Netherland

2000 : 'Africa Past-Present', Seydou Keita, P.K. Apagya, Depara, C.A. Azaglo and Ojeikere, Fifty One Fine Art Photography Gallery, Anvers, Belgique

1998 - 1999 : 'Eye Africa : African photography 1840-1998', Festival of African photography, SANG Cape Town, South Africa

1998-2001 : 'L'Afrique par elle-même', Maison Européenne de la Photographie, Paris 1998 ; Pinacotteca São Paulo Brésil 1998 ; New Market à Cape Town Afrique du Sud 1999 ; Rencontres de la Photo 1999 à Bamako ; Haus der Kulturen der Welt de Berlin 1999 ; Barbican Museum Londres 1999 ; Anacostia Museum Washington 2000 ; New African Museum New York 2000 ; Bologne Italie ; Royal Museum of Central Africa de Tervuren Belgique 2001 (expositions présentées par Revue Noire)

 

Bibliographie 

 

*Catalogue de l'exposition 'Beauté Congo - 1926-2005 - Congo Kitoko', Fondation Cartier, Paris 2015

* Monographie 'Depara', collection PhotoBolsillo de La Fabrica (Espagne) et Revue Noire (France) 2010

* 'C magazine N°5', Jean Depara, Ivory Press 2007

* Catalogue de l'exposition '100% Africa', publié par TF Editores et FMGB Guggenheim Bilbao Museum, 2006

* Catalogue de l'exposition 'African Art Now, Masterpieces from the Jean Pigozzi Collection', publié par Merrell, 2005

* 'L’Afrique par elle-même', Revue Noire, Paris 2003

* 'Photographes de Kinshasa', Revue Noire, Paris 2001

* Catalogue des Rencontres de la Photographie de Bamako 2001, 'Mémoires Intimes d'un Nouveau Millénaire - Intimates Memories of the New Millenium', Edition Eric Koehler.

* Catalogue Noorderlicht 2000 photofestival, Fries Museum, Leeuwarden, Netherland 2001

* 'Anthology of African Photography' Revue Noire Paris et DAP Editions New York 1999

* 'Anthologie de la Photographie africaine et de l'Océan indien' Revue Noire Editions, Paris 1998

* 'Kinshasa', Revue Noire magazine N°21, Revue Noire Editions, Paris 1996

 

Aux éditions Revue Noire

 

Ouvrages contenant des photographies de Jean Depara disponibles sur notre site

 

01_RN21-RevueNoire21_ZaireRDCongoKinshasa_Couv1
Magazine Revue Noire RN21 Kinshasa
 

 

RevueNoire-Antho-Photo-FR-002
Anthologie de la Photographie Africaine
 

 

 

Photo Jean Depara, 'Jeune femme devant l'Afro Negro Club', Kinshasa, R.D.Congo vers 1955-1965
Photographes de Kinshasa
 
 
RevueNoire-JeanDepara-Kinshasa-00
Jean Depara, Night & Day in Kinshasa