Reinaldo Arenas – Cuba

Reinaldo-Arenas-Cuba-Ecrivain

  

Reinaldo Arenas est né en 1943 dans la province de Holguín, Cuba. Il s’exile au USA en 1980. Atteint du sida, il se donne la mort en 1990. Seul son premier roman a été publié à Cuba 'Celestino antes del alba' (Ed. Unión).

  
Oeuvres publiées en Espagne aux éditions Montesinos, Argos Vergara, Seix Barral et Tusquets : Ceslestino antes del alba (Le Puits) 1967 ; El Mundo alucinante (Le Monde hallucinant) 1969 ;
Oeuvres traduites de l'espagnol (Cuba) en anglais et en français (aux éditions du Seuil, Presses de la Renaissance, Arcane 17 et Juillard) : 
  
'El mundo alucinante', 1982 ; 'Le monde hallucinant' 1969 ; 'Hallucinations' (2001) ;
'Cantando en el pozo' (1982) (titre d'origine 'Celestino antes del alba' (1967) ; 'Le Puits' ;
'Singing from the Well' (1987) ; 
'El palacio de las blanquisimas mofetas' (1982) ; 'Le palais des très blanches mouffettes' ; 'The Palace of the White Skunks' (1990) ; 
'Arturo, la estrella más brillante' (1984) ; 'Arturo, l'étoile la plus brillante' ; 
'Otra vez el mar' (1982) ; 'Encore une fois la mer' ; 'Farewell to the Sea' (1987) ; 
'El color del verano' (1982) ; The Color of Summer (1990) ; 'La Couleur de l'Eté' (1980) ;
'El Asalto' (1990) ; The Assault (1992) ; 
'El portero' (1987) ; The Doorman (1991) ; 
'Antes que anochezca' (1990), 'Avant la nuit' traduction Liliane Hasson, Actes Sud, 2000 ; Before Night Falls (1993) ; 
'Mona and Other Tales' (2001), traductions anglaises d'un recueil de nouvelles parues en Espagne (1995 - 2001) ; 
'La vieja Rosa' (1980) ; Old Rosa (1989) ; 
'La Loma del Angel' (1987) ; Graveyard of the Angels (1987) ; 
'Mille et Une nuits' (2007) ;

  

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Autoépitaphe

[L'un de ses derniers poèmes…

publié dans le magazine RN 06 en septembre 1992,
texte original écrit en espagnol traduit par Liliane Hasson]

  

Mauvais poète amoureux de la lune,

il n’eut d’autre fortune que l’épouvante ;

ce fut suffisant car n’étant pas un saint

il savait que la vie est risque ou abstinence,

que toute ambition est grande démence

et que la plus sordide horreur a son charme.

Il a vécu pour vivre comme pour voir la mort

comme une chose quotidienne sur laquelle nous parions

un corps splendide ou notre destinée entière.

Il sut que le meilleur est ce que nous laissons

- précisément parce que nous partons -

tout ce qui est quotidien est haïssable,

un seul lieu existe pour vivre, l’impensable.

Il a connu la prison, l’ostracisme,

l’exil, les multiples offenses

spécifiques de la bassesse humaine ;

mais toujours escorté d’un certain stoïcisme

qui l’a aidé à marcher sur la corde raide

ou à jouir de l’éclat du matin.

Quand déjà il vacillait surgissait une fenêtre

par où il s’élançait vers l’infini.

Il ne voulut point de cérémonie, de discours, de deuil ou de cris

ni même un tumulus de sable pour qu’y repose son squelette

(même après sa mort il ne voulut pas vivre tranquille).

Il ordonna que ses cendres fussent jetées à la mer

où elles s’écouleraient éternellement.

Il n’a pas perdu l’habitude de rêver :

il espère que dans ces eaux vienne plonger un bel adolescent.

  

Reinaldo Arenas, New York, 1989

extrait de 'Voluntad de vivir manifestandose', Ed. Betania, Madrid, 1989

  

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Autoepitafio

  
  
  
  

Mal poeta enamorado de la luna,

no tuvo más fortuna que el espanto;

y fue suficiente pues como no era un santo

sabía que la vida es riesgo o abstinencia

que toda gran ambición es gran demencia

y que el más sórdido horror tiene su encanto.

Vivió para vivir que es ver la muerte

como algo cotidiano a la que apostamos

un cuerpo espléndido o toda mestra suerte.

Supo que lo mejor es aquello que dejamos

– precisamente porque nos marchamos –.

Todo lo cotidiano resulta aborrecible,

sólo hay un lugar para vivir, el imposible.

Conoció la prisión, el ostracismo,

el exilio, las múltiples ofensas

típicas de la vileza humana ;

pero siempre lo escoltó cierto estoicismo

que le ayudó a caminar por cuerdas tensas

o a disfrutar del esplendor de la mañana.

Y cuando ya se bamboleaba surgía una ventana

por la cual se lanzaba al infinito.

No quiso ceremonia, discurso, duelo o grito,

ni un túmulo de arena donde reposase el esqueleto

(ni después de muerto quiso vivir quieto).

Ordenó que sus cenizas fueran lanzadas al mar

donde habrán de fluir constantemente.

No ha perdido la costumbre de soñar :

espera que en sus se zambulla algún adolescente.

  

Reinaldo Arenas, Nueva York, 1989

in 'Voluntad de vivir manifestandose', Ed. Betania (Madrid) 1989

  
  
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